de l'idée au film | le film en chiffres
 

De l'idée au film

Une production assez longue, avec un changement de producteur en cours de route...

Si c'était à refaire, on s'y prendrait sans doute différemment;)
Voilà néanmoins comment ca s'est passé !

 

 

Tout a commencé par une idée. En fait, on avait déjà développé un univers BD avec les personnages de "Seb et Zeb".

Puis un jour, on est partis sur l'histoire de Seb avant Seb, mais déjà gay, et donc aussi Seb... spermatozoïde gay !

Le producteur belge Marc Levie, avec qui j'avais travaillé comme animateur sur d'autres projets, nous a proposé de développer le concept sur 6 minutes, en vue d'une distribution en salles en Belgique, en avant-programme.

On a embrayé tout de suite sur le projet, qui a été produit dans un premier temps par Venus 68 asbl, avec Marc Urlus et Philippe à la production exécutive, Marc Levie étant alors simple distributeur. Ce n'est que quelques années plus tard, Venus 68 se recentrant sur la production de documentaires, que Marc Levie a repris la production du film, en plus de sa distribution.

La première étape de réalisation a été celle du story-board, qui consiste à dessiner une série d'images fixes racontant l'histoire du film, un peu comme une bande dessinée.


Un extrait (d'une ancienne version) du story-board

Coller le story-board au mur permet de garder en tête la totalité de l'histoire et d'embrasser celle-ci d'un seul regard.

 

 
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Une fois satisfait du board, et après avoir confronté celui-ci au regard de Philippe et de Marc, j'ai filmé et donné une durée à chacune des images du story. Cela a donné une animatique, qui permettait de se faire une première idée de la durée et du rythme du film.

La toute première animatique allait trop vite. J'en ai ralenti le rythme pour rendre certains passages plus compréhensibles. J'ai ajouté et enlevé des scènes. D'autres sont devenues de véritables séquences. Et cet outil m'a accompagné pendant toute la production du film - il était chaque fois à jour pour intégrer les différents plans, dans leur état d'avancement.

La durée du film était importante, parce que le subside de la Communauté française (aide à la diffusion) avec lequel Marc Levie finançait le film était conditionné à une durée de minimum 5 minutes 51 secondes.

 

 
 

Je suis ensuite passé au développement des personnages et des décors. Cette étape a été assez rapide, parce que j'étais seul à travailler sur les aspects graphiques, que les personnages existaient déjà et que j'avais les idées assez claires sur le décor.

En milieu de production, j'ai été aidé par un stagiaire qui a fait des essais d'animation pour Fred humain, quand il revient dans le générique de fin. J'ai donc esquissé une model sheet lui permettant de mieux cerner le personnage, ses proportions et divers détails, comme les doigts et la boucle d'oreille (qui, comme le piercing d'Alain, change parfois de côté en cours de film - vous pouvez vous amuser au jeu des 7 erreurs;)

 

 
 

Une fois les personnages principaux et les premiers décors mis en place, je suis passé à l'animation, la phase qui a pris le plus de temps. Elle a pour l'essentiel été réalisée directement à l'ordinateur, à la palette graphique, dans le logiciel Flash.

Deux dessins de construction dans Flash.

Celui de gauche comporte différents éléments : un dessin au crayon scanné (pas très visible ici),
un test d'anim sur les parties qui bougent (en rouge) et le trait définitif des parties fixes (en noir).

 

Le gros avantage du travail dans Flash, c'est que l'on peut tester son animation à tout moment, sans attendre le linetest, et corriger beaucoup plus rapidement le tir. On perd par contre une certaine précision et liberté dans le dessin, même après des mois de pratique à la palette graphique. Et puis aussi et surtout, comme toujours avec l'ordinateur, on peut être tenté d'essayer des choses, de se promener, alors qu'en traditionnel, à la table lumineuse, il faut planifier son travail et aller droit au but. C'est intéressant en phase de développement, quand on veut explorer des pistes, mais pas en production.

L'ordinateur permet également un gros gain de temps pour le traçage et la mise en couleur. Mais encore une fois, cela a son prix : dans Flash, le trait est vectoriel et les couleurs sont essentiellement constituées d'aplats. Pas de flou, pas ou peu de dégradés, ou alors de mauvaise qualité, avec un effet de stroboscopie (tremblé) à la projection.

Le fait de travailler à l'ordinateur n'empêche pas effectuer des croquis préparatoires au crayon, que ce soit pour affiner un personnage ou saisir une attitude. On peut aussi se filmer avec une webcam pour avoir une référence pour le mouvement.

 

Lors de réunions plus ou moins régulières avec Marc Levie, qui avait repris la production, et parfois un petit panel de personnes ne connaissant pas le film et qu'il invitait chez lui, on revoyait l'ensemble du film et de sa structure. Cela impliquait souvent de revoir le board et l'animatique.

Ce côté "bricolage" d'une histoire qui se construit petit à petit, à force d'être polie, vue revue et corrigée, est une des choses qui me plaît le plus dans l'animation. Même si, dans ce cas-ci, une durée de production plus courte (et donc un nombre d'intervenants, d'avis et de changements d'avis plus faible) aurait permis de limiter les changements dans le board. Ce n'est probablement pas pour rien que mon nouveau projet parle d'un petit fantôme confronté à la perspective déprimante de l'éternité;)

 

 

L'animation une fois terminée, les différents éléments de chaque plan - décor, éléments d'avant plan, différentes parties animées, etc. ont été rassemblés dans le logiciel de compositing After Effects. C'est aussi dans ce logiciel qu'ont été effectués les mouvements de caméra, les effets de flou, quelques effets spéciaux (notamment la lumière du projecteur de cinéma dans le générique de fin), les génériques et les transitions entre les plans, etc.

Les fichiers After Effects devaient être en 2K (2406*1805 pixels pour ce film), en vue d'une sortie sur pellicule. On a donc réalisé un essai sur pellicule, mais quelques mois plus tard, les salles commençaient à s'équiper pour pouvoir projeter de façon digitale, de sorte que le kinescopage (la sortie du film sur pellicule) a été abandonné. On s'est donc orientés vers une sortie numérique.

 

On dit souvent que le son compte pour 80 % dans la réussite d'un dessin animé. Pour s'en apercevoir, il suffit de regarder un dessin animé en coupant le son... En plus, en anim (contrairement à un film "live action" où une partie du son est enregistrée au moment du tournage), la totalité de la bande son doit être enregistrée en studio !

Les dialogues ont été enregistrés au Studio Dame Blanche, à Bruxelles. Une version de travail du film était projetée, afin que les acteurs aient une image à laquelle se raccrocher.

De gauche à droite :
Malena (voix de la mère de Seb), Philippe (voix de Seb et du père de Seb) et Nestor (musique).

 

La bande son a été analysée gracieusement par Synmagic, avec qui j'avais travaillé sur une série à Paris. Ils ont analysé les dialogues et sorti, sur la base d'une série de bouches, une feuille de détection permettant de synchroniser l'image sur le son :

 

Pour la musique, on avait d'abord pensé avoir "Love me baby" de Sheila au début du film et "Tout le monde" de Zazie à la fin. On voulait ainsi marquer les 28 ans qui séparent les scènes dans la chambre des parents de Seb et dans celle de Seb. Mais les droits de ces chansons se sont avérés hors de prix (1500 euros pour une minute, pour Zazie, même pour un film d'étudiant !).

On s'est donc décidés, sur les conseils d'un ami, à mettre une petite annonce à l'académie de musique de Bruxelles. On a ainsi eu la chance de tomber sur Néstor, un violoniste espagnol inscrit au conservatoire de Bruxelles et passionné de cinéma. C'est lui qui a suggéré de travailler avec AcidPro, donc de réaliser l'essentiel de la musique à l'ordinateur. On lui a montré le film et fait entendre les morceaux de Sheila et Zazie auxquels on avait d'abord pensé.

Néstor a commencé à travailler sur la musique du début du film (chambre des parents de seb et rencontre entre Seb et Alain), mêlant boucles et morceaux de musique MIDI composés par lui. Après plusieurs versions et toute une série d'ajustements, on a obtenu une version finale et - cerise sur le gâteau - remplacé les sons midi par des sons joués par Nestor en studio... Il en oubliait sa tendinite qui l'avait empêché de s'entraîner pour le conservatoire pendant quinze jours ;o)

Les autres morceaux ont été composés beaucoup plus tard par Laurent Mersch-Mersch, alors que Néstor était parti s'installer au Canada, où il a lui-même suivi une formation en animation, et où il travaille à présent sur les effets spéciaux de longs métrages.



Quelques bruitages avaient déjà été intégrés dans la musique de Néstor. Mais la majorité d'entre eux ont été rajoutés lors d'une séance de bruitage avec Marie-Jeanne Wijckmans. Pour des raisons d'économie d'échelle, le bruitage s'est fait en même temps que celui d'un autre film de Marc, "Menteuse !".
Avec pour conséquence que certains des bruitages ont dû être remontés suite à des modifications dans l'image...

Marie-Jeanne Wijckmans pendant la session de bruitage


Une fois les bruitages remontés et la musique finie, Laurent Mersch a ajouté quelques effets ici et là, tantôt pour faciliter la compréhension du film, tantôt pour créer un contraste entre les différents plans ou encore pour accentuer le côté cartoon de certaines images.

Mon frère, qui s'occupe du site du fan club de Sttellla, m'avait mis en contact avec Christian Martin, l'ingénieur du son de Sttellla. C'est lui qui a fait le montage son. Le mixage a été réalisé chez Audiofréquence par Thibaut Jamar, qui a sorti une version stéréo et une version Dolby 5.1.

Restait alors à préparer les sous-titres, le DVD avec le film, le site web et quelques autres broutilles... Et à commencer à l'envoyer aux festivals en espérant que le film puisse être vu !

 

 

 

 

Le film en chiffres

"Au commencement", c'est :

  • 1 film
  • un peu moins de 6 minutes de film, soit 355 secondes d'animation à raison de 25 images par seconde,
    ...ce qui fait 8875 images au final réparties sur
    65 plans,
  • 32.536 fichers et 1.008 dossiers sur mon ordinateur à la fin du projet (sans compter les backups et les versions intermédiaires),
  • 7 cahiers de notes et 4 classeurs,
  • 8 violons enregistrés pour le morceau où Seb tombe amoureux d'Alain,
  • près de 24 heures d'enregistrement, de montage son et de mixage !


Quelques-uns de mes cahiers de notes..

 


Quelques livres qui trainaient sur mon bureau pendant le court...
Si jamais vous voulez aussi vous y mettre !